Team Power Bike Team Power Bike Team Power Bike
« J’aurais préféré me casser un bras que d’abandonner » PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Frantz Delagrange   
Samedi, 16 Janvier 2010 08:47

« J’aurais préféré me casser un bras que d’abandonner »

Ce jeudi 14 janvier, c’est la 12ème étape du Dakar 2010. Il reste trois jours avant l’arrivée finale à Buenos Aires. Déjà, l’année dernière, lors de son 1er « Dakar », l’audois David Barrot avait chuté lors de cette maudite 12ème étape et s’était fracturé l’épaule. Mais au prix d’un formidable courage, le pilote était arrivé tout de même au terme de l’épreuve.

 

                 Ce jeudi donc, nous sommes au km 356, la seconde partie de la spéciale vient de commencer. Elle fait suite à un parcours neutralisé pour avoir contourné une zone naturelle protégée. David est en plein désert et la moto s’arrête. Elle ne repartira plus. 

Que s’est-il passé ?

 David Barrot : La veille de cette étape, je m’étais satellisé contre une pierre que je n’avais pas vue à cause de la poussière d’un concurrent qui me devançait. La moto avait été broyée mais les mécanos avaient fait un boulot remarquable dans la nuit pour la préparer. Ce jeudi matin, je pars donc en 35ème position et je rattrape prés de 15 concurrents en moins de 200 km. Puis, d’un coup, ma chaîne déraille et je suis obligé de la débloquer avec un piquet. Je reprends le cours de la spéciale et arrive au ravitaillement.

Ensuite ?

 D.B : Lors du parcours de neutralisation, je m’aperçois que mon carter perd de l’huile. Je m’arrête et je vois que le guide de chaîne est cassé. Ma chaîne est détendue. Mon carter suinte de l’huile. Je démonte l99huile et arrive au point de départ du second tronçon de la spéciale avec 1’30’’ de retard sur l’heure à laquelle j’aurais dû partir.  

Combien de kilomètres restent-ils avant l’arrivée ?

 D.B : 150 km et je pense que je peux arriver dans ces conditions mais au km 356, je déraille à nouveau. Le carter est arraché et mon huile se vide en quelques  secondes. C’est fini. Je suis en plein désert, personne à l’horizon et il fait prés de  50 degrés. Ce n’est que du bonheur ! 

Que faites-vous alors ?

 

D.B : Seul, j’ai attendu trois heures sans ne rien pouvoir faire puis des cavaliers argentins sont arrivés. Ils ont réussi à prendre contact avec l’organisation qui m’a envoyé un gros hélicoptère. Celui-ci, à cause de la végétation, n’a pas pu se poser et un autre, plus petit, est venu ensuite me récupérer. Le reste de la spéciale, je l’ai finie en voiture assistance.

 

Vos coéquipiers vous attendaient-ils au bivouac ?

 D.B : Il était plus de 22 heures et David Frétigné était allé dormir. Il joue encore le podium lors des deux derniers jours de course. Tinou, lui, m’attendait. Nous sommes allés marcher dans un coin pour vivre tous les deux un petit moment d’intimité, parler ensemble, pleurer aussi. Je n’ai pas ensuite dormi de la nuit. Tlé des jours et des nuits entières pour nous, a été extraordinaire. Pour eux, je n’avais pas le droit d’abandonner. Si cela avait été utile, j’aurais porté la moto sur les épaules. Vous savez, c’est peut-être une connerie que je vais dire, j’aurais préféré me planter, me casser un bras ou une épaule que d’abandonner sur casse mécanique. 

Même si c’est encore un peu tôt aujourd’hui pour le dire, avez-vous envie de repartir l’an prochain sur le Dakar ?

D.B : A l’instant présent, je doute de tout. J’ai la rage et je veux prendre ma revanche sur le destin. Je suis en colère et frustré. J’ai toujours été dans les 20 premiers des spéciales à l’exception de la 3ème étape où je secours Viladoms avant l’arrivée des médecins puis, plus loin, David Frétigné qui venait de tomber en panne. J’ai le sentiment aussi que cette année mon pilotage est bien meilleur, que j’ai franchi un palier. 

Où avez-vous perdu ce Dakar alors ?

 D.B : Quand je prends ma 1ère pénalité pour excès de vitesse ! Je sais, c’est de ma faute. Mais à partir de ce jour, je n’ai eu de cesse de courir contre la montre et de bouffer la poussière de ceux qui étaient devant moi et bien moins rapides. Je prends ensuite une seconde pénalité et je dois recommencer ma progression au classement. Ma prise de risque sur la piste était peut-être trop importante. La chute, la veille de mon abandon, est donc la conséquence indirecte de ce premier excès de vitesse et celle aussi peut-être de ma casse mécanique.  

Votre prochain Dakar est en 2011 ?

 

 D.B : Je ne sais pas encore. Il me faut un peu de temps pour prendre ma décision. Jeudi soir, oui, je voulais repartir. Je ne suis pas récompensé de mesaines qualités, le grand moment du Dakar, c’est de passer le drapeau à damiers. Je ne le verrai pas. C’est le grand moment de cette aventure, ce n’est pas l’hélico. Je n’ai pas envie de finir mon histoire avec le Dakar par un abandon. Non, je n’ai pas envie de mourir comme cela.

  Propos recueillis par Frantz Delagrange

 

Mise à jour le Samedi, 16 Janvier 2010 08:52
 
DEFACTOSite réalisé par